La crise de l’absence de compromis sur le plan des élites ou le mal politique haïtien

Sauveur Pierre Etienne, center, led the Haiti Democracy Project’s Third Senatorial Delegation in 2012. Here, presenting at the Center for Strategic and International Studies

Sauveur Pierre Etienne, le plus grand spécialiste vivant de l’État haïtien, a écrit un livre majeur et décisif sur l’effondrement de l’État en Haïti: “L’enigme haïtienne. Echec de l’État moderne”. En tant que politologue, il sait qu’en matière politique on ne peut pas changer un État ou un système, il ne peut  que s’effondrer si l’on souhaite sa chute. Dans une immersion historique très bien documentée, l’auteur a visité les différents éléments qui ont causé cet effondrement de l’État d’Haiti, formé en 1804. Selon l’auteur, la fragilisation du monopole de la contrainte physique légitime, l’illusion du monopole de la fiscalité, l’anémie de l’État par la contrebande, la décomposition de l’État par la corruption généralisée , l’absence de compromis sur le plan des élites…ont réduit l’État haïtien à sa plus simple expression. Autrément dit, ce sont, entres autres, ces facteurs qui ont contribué à l’agonisation de l’État haïtien.
Je reviens sur l’un de ces facteurs: l’absence de compromis sur le plan des élites. Car, à mon avis, c’est le facteur capital du désatre haïtien s’il n’est pas le mal politique haitien. Comme l’auteur l’a si bien montré  dans  son livre, en 1801, 1802, 1803, on avait trouvé le compromis qu’il fallait pour mettre les colons à la porte, toutefois il est  regrettable de constater qu’à travers les différents évenements malheureux que le pays a connus on n’a pas pu reéditer cet exploit. Même si, selon l’auteur, entre 1870 et 1879, on avait, dans le cadre d’un bipartisme classique ( tandem Parti National et Parti Libéral) une énorme opportunité d’emerger une élite politique en vue de normaliser la vie publique et de répondre aux exigences de l’heure. Mais les querelles de chapelle, de couleurs et les ambitions égoïstes ont cassé cet élan. Et depuis, le pays cherche ses élites. En réalité, les protagonistes de la vie nationale n’ont jamais pu se transformer en Élites responsables, nationales et progressives , en se complaisant dans la misère du peuple, dans le chaos généralisé et même dans leurs humiliations face aux forces étrangères: affaires lûders, occupation américaine d’Haïti( 1915-1934), affaires Rubalcava…
C’est cette  dépravation qui a poussé  Jean Price Mars à écrire La vocation de l’élite. Il a voulu diriger ces protagonistes à leurs véritables missions. S’il est vrai que la République Dominicaine doit son progrès , sa normalisation institutionnelle,  sa stabilité politique notamment grâce à son élite politique, Haïti doit son echec à l’incapacité de ses décideurs politiques, lesquels sont constituées comme une industrie déprédatrice. Donc, ces décideurs ne peuvent et ne pourront être considérés comme  élite politique ou élite nationale
Après quoi , en ce  qui concerne la bourgeoisie comme filiale  de l’élite économique ou ce que l’on appelle vulgairement les ” Bourgeois compradores, elle n’est pas nationale. Voilà pourquoi  qu’elle ne se préoccupe pas des problèmes du peuple. Cette bourgeoisie  au lieu de faire progresser l’économie du pays, elle ne fait que la tuer. Cette bourgeoisie, généralement,  ne paie pas ses taxes, ses impôts de façon correcte. Elle surfacture le marché en echange de compromissions et de commissions occultes. Elle n’est abonnée aux médias pour la promotion de ses entreprises rien pour qu’une publicité mensongère. J’ai dit que cette bourgeoisie tue l’économie du pays, c’est parce qu’elle ne lui est d’aucune utilité sur le plan global.  La formation des capitaux de cette bourgeoisie bureaucratique et compradore est, pour l’essentiel, de source douteuse, de corruption, d’escroquerie, de fraude et de spéculation. Elle est antipatriotique par son désintéressement et antinationale , par voie de conséquences. Elle partage  travers les deals avec l’État Haïtien les réserves publiques, ce que Michel Rolph Trouillot appelle ” la Sainte Alliance”. En ce qui à trait à l’élite intellectuelle, je crois qu’elle a moralement payé de ses fautes. L’ascencion de Michel Martelly est la preuve de son échec et de son  égarrement. À côté des décideurs politiques, comme industrie de la bourgeoisie comparadore, cette “élite intellectuelle” ne fait que fournir les collabos de tous les gourvenements passés et présents. Frankétienne a fait parler Polidor comme figure de l’échec de cette élite. Péan dans l’État marron en a longuememt parlé. Tout porte à croire que cette élite n’est pas en odeur de sainteté. Dans ces conditions, il ne se peut qu’il y ait de conpromis au niveau des élites . Car avant tout, les protagonistes ne  peuvent pas se considérer comme tels. Cette absence de compromis est donc inévitable. Et le pays en paie les frais. Pour ce compromis sur la régénération sociale du pays on peut pas forcer les gens. Devant leur réticence et leur rebellion redhibitoires: M pa dakò, m p ap fè l si entèl la. Il faut ecarter ces gens et avancer dans la voie reflechie et proposée par une élite décidée et adoptée par la majorité, sinon on se perdra toujours la régression compromettante.  Mais ces élites peinent à sortir des langes.
Alors  que tant que le pays ne retrouve pas ses élites il serait très difficile qu’il accède au progrès. Il faut qu’il ait des concessions tacites, des compromis éclairés à travers lesquels se développent Haiti. C’est ainsi que tout pays progressiste fonctionne.  Au delà  des conceptions diversifiées, au delà  des clivages de classes et de races,au delà des idéologies partisanes, il faut que le pays soit le programme le plus fort, c’est ce qui peut conduire à un tempérament national et un sentiment  patriotique.
James Marc Donald ORPHÉE
Also by Sauveur Pierre Etienne, “Channelize the Population’s Anger,” May 23, 2023