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Originally: Le chaos sécuritaire

Le pays perd la tête, il y a de quoi. Les bandits attaquent de partout, ils ne regardent pas aux moyens. Le pays est terrorisé, il est frappé dans ce qu?il a de plus vulnérable. Les écoles ferment précipitamment pour protéger les enfants. C?est une mesure de sagesse, en attendant que l?on se ressaisisse. Ce qui domine, c?est le sentiment d?impuissance qui aggrave le sentiment d?insécurité. La terreur, deux fois l?an, la chose est maintenant connue. C?est un fait, nous sommes depuis longtemps déjà en situation de guérilla sur fond de criminalité. En présence d?une offensive aussi générale et, apparemment concertée, on plonge dans le terrorisme.
On mobilise, on crie. On retrouve les mêmes têtes, les mêmes propos, pour redire les mêmes choses. De préférence pour donner dans il-n?y-a-qu?à. Le gouvernement est là pour gouverner, c?est donc lui le premier responsable. Sinon le laxiste, le complice le coupable. Bon, on connaît les extravagances des propos haïtiens. Elles arrivent d?autant plus aisément qu?elles viennent de personnes haut placées dans la société civile et dans les sphères politiques. Je ne sais pas si j?ai bien entendu, il y en a qui appellent au soulèvement de la population. Contre qui ? Comment ? Il y a jusqu?au Premier ministre pour dériver dans les échanges avec un groupe de vociférateurs devant la Palais législatif et de prêter une oreille complaisante aux accusations contre des sénateurs. Décidément le pays perd la tête. Mais les têtes du pays devraient être préservées. Celles du gouvernement aussi bien que de l?opposition.
Il est vrai que le chef du gouvernement essaie d?expliquer qu?il ne négocie pas, qu?il fait de son mieux, que des résultats ont été obtenus. Rien n?y fait, il est renvoyé à sa déconcertante déclaration antérieure. Et comme pour lui infliger un démenti, un commando de Cité Soleil prétendument pacifié a intercepté le sénateur Riché et ses gardes du corps à l?entrée de la route 9 qui conduit au bidonville le vendredi 15 décembre. Une telle attaque perpétrée au plus fort de l?offensive généralisée contre les écoles entretient ce que l?on pourrait nommer un climat insurrectionnel. Ajouter à cela d?autres méthodes d?enlèvement, de détournement de bus sur un axe qui s?étire sur la route nationale de Saint-Marc jusqu?au sanctuaire Soleil. C?est donc la continuation de la guérilla urbaine inaugurée en septembre 2004 avec ce qui est désormais connu sous le nom d?Opération Bagdad.
Mario Andrésol demande des moyens, de grands moyens qui permettent à la police de faire jeu égal avec les détenteurs de Kalachnikov et autres engins de guerre dont ses hommes et femmes sont privés. De partout on appelle à plus de fermeté et de détermination de la part des autorités. Au passage, on abîme la justice. Mais les dénonciations sont trop générales pour être efficaces. Une telle insistance dans la mise en cause des fonctionnaires de la Justice, venant de hautes autorités de l?État, laissent penser que les faits sont connus et les fautifs identifiés Le ministre de la Justice ne dispose-t-il pas de moyens pour neutraliser les juges corrompus ? Cela au moins, c?est clair. Pas du tout semblable aux accusations dirigées contre le chef de gouvernement qui n?aurait qu?à faire procéder à l?arrestation des chefs de gang avec lesquels il négocierait.
La violence, sous sa forme politique ou de banditisme, est récurrente. Elle imprègne la crise de société que nous traînons depuis deux décennies. Ceux qui n?ont pas la mémoire courte se rappelleront à quel point la violence d?État pratiquée par les militaires a déstructuré la vie urbaine. Aujourd?hui déchaînée, cette violence est d?autant plus désastreuse que l?État en a été atteint profondément jusqu?à être submergé par les groupes armés. On ne sait plus qui est qui, qui fait quoi et pourquoi. Sans doute, nous avons déjà atteint le point de non retour en termes de criminalité organisée. Il y a deux ans (éditorial du 5 octobre 2004) j?avais noté que l?on « prendra du temps pour réduire (cette criminalité) et pour déloger les groupes armés des repaires multiples que la configuration des quartiers populaires et des bidonvilles leur facilite. Le travail de police, discret, informé, pénétrant et patient pourra y parvenir à condition que les corps policiers bien formés soient pourvus des moyens nécessaires : effectif adéquat, équipements, dispositions légales, commandement avisé. » Cela est vrai aujourd?hui encore, comme le souligne le commandant de la police dans sa vigoureuse sortie devant la nouvelle promotion de policiers.
Je voudrais ajouter que l?on ne pourra pas venir à bout du chaos sécuritaire tant que toutes les sources et tous les foyers du banditisme ne seront pas identifiés et clairement neutralisés, que la plupart des crimes élucidés. Il y a tant d?amalgame, de confusion, de révélations sur les mobiles, de surprenantes initiatives criminelles, de l?extension informelle de la criminalité ! Mais je le répète avec d?autres, les policiers n?y parviendront que s?ils sont bien épaulés par les dirigeants, soutenus par la population, inspirés par des politiques claires.

mercredi 20 décembre 2006