La revue mensuelle avait un numéro en préparation sur cette île qui demeure un foyer artistique et littéraire exceptionnel, malgré les obstacles du sous-développement. Compte tenu de l’actualité, la parution en a été avancée. L’ensemble forme un dossier solide et varié sur l’histoire et la culture haïtienne, condensé singulier entre l’Amérique et l’Afrique, les Caraïbes et la diaspora. Impossible de comprendre le destin de cette nation noire sans revenir sur l’histoire coloniale franco-américaine, qui a marqué durablement l’île. L’universitaire Thomas C. Spear retrace le contexte de l’année 1802 (indépendance arrachée à la France) et des trois pères fondateurs de l’Haïti moderne : Toussaint Louverture, héros de l’indépendance, Thomas Jefferson et Napoléon Bonaparte – les deux puissances coloniales s’entendant pour juguler “cette alarmante insurrection nègre”, selon la formule de George Washington. Aux Etats-Unis comme en France, le passé colonial – un passé plus que présent – reste souvent occulté. Cette naissance d’Haïti dans le sang resurgit à travers les ?uvres artistiques et les rituels quotidiens des Haïtiens. Les grands écrivains du XXe siècle, Jacques Roumain et Jacques-Stephen Alexis, ont été lus dans tout le monde francophone et leur puissance poétique d’écriture a forcé l’admiration – un brin condescendante – des surréalistes français. Comme à Cuba, l’île voisine, la musique est le lieu par excellence de la sagesse et du réconfort populaires.


 Catherine Bédarida


Africultures, “A quoi rêve Haïti ?”, no 58, 248 p., 22 ?.