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En Haïti, la presse indépendante est harcelée

LE MONDE | 10.10.03 | 14h02  ?  MIS A JOUR LE 10.10.03 | 16h31

Menaces et agressions venant de proches du pouvoir se développent avec une totale impunité.


Port-au-Prince de notre envoyé spécial


“Depuis le retour au pouvoir du président Aristide, les rapports entre le pouvoir et la presse n’ont cessé de se dégrader”, constate Hérold Jean-François, le président de l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH), qui regroupe les organes de presse indépendants. Principale conquête après la chute des Duvalier, la liberté d’expression est à nouveau menacée, estime le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une organisation basée à New York. Haïti est, après la Colombie, le pays le plus dangereux des Amériques pour les journalistes, souligne le CPJ, dont une mission vient d’enquêter dans l’île.


“Nous recevons constamment des menaces. Des coups de fil annonçant que telle ou telle radio va être incendiée ou que tel journaliste va être tué. Officiellement, le président et ses ministres se disent attachés à la liberté de la presse, mais ces menaces permanentes émanent des proches du gouvernement, des “organisations populaires” qui sont en fait des organisations du pouvoir”, explique M. Jean-François, qui dirige Radio Ibo. Fin septembre, plusieurs stations de Port-au-Prince ont dénoncé les menaces dont elles étaient l’objet.


PROPAGANDE


L’assassinat de plusieurs journalistes dont, il y a deux ans, Jean Dominique, qui dirigeait Radio Haïti Inter, incite à la prudence. D’autant que les agresseurs, proches du pouvoir, et dont l’identité est un secret de Polichinelle, jouissent d’une totale impunité. Les partisans du président Aristide qui ont assassiné à coups de machettes un autre journaliste, Brignol Lindor, en décembre 2001, n’ont pas plus été traduits en justice.


Les plus exposés sont les correspondants de province. Menacés de mort, six journalistes de la ville de Gonaïves se sont réfugiés en République dominicaine en février 2003. Au total, une trentaine de journalistes ont été contraints à l’exil en moins de deux ans.


“Outre les médias publics, Jean-Bertrand Aristide contrôle directement, ou à l’aide de prête-noms, toutes les chaînes de télévision, à l’exception de Télé Haïti”, s’inquiète Guyler Delva, le président de l’Association des journalistes haïtiens. La propagande du régime, par exemple la campagne réclamant le remboursement par la France de la “dette de l’indépendance”, y occupe l’antenne. En juillet, à l’occasion de l’anniversaire de M. Aristide, le culte du président y prenait des accents nord-coréens. “Tout récemment, le pouvoir a exhumé une loi datant de Jean-Claude Duvalier pour obliger les radios indépendantes à diffuser des messages “civiques””, dénonce M. Jean-François.


De son côté, Jonas Petit, porte-parole du parti Lavalas, parti du président Aristide, réplique : “La presse qui se dit indépendante répond à des groupes économiques qui veulent maintenir la grande masse de la population dans la marginalité et l’exclusion sociale. (…) Ce n’est pas une presse indépendante mais d’opposition.”


Jean-Michel Caroit


? ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 11.10.03