Originally: Reporters sans frontières profondément indignée par les conclusions de l’enquête


Reporters sans frontières est profondément indignée par les conclusions de l’ordonnance sur l’assassinat de Jean Dominique, directeur de Radio Haïti Inter, qui ne retient que des exécutants parmi les inculpés.

“Comme dans l’affaire Brignol Lindor, on veut nous faire croire à un crime sans commanditaire. Après trois ans d’enquête, et à quelques jours seulement de l’anniversaire de l’assassinat de Jean Dominique, cette ordonnance est tout simplement une insulte pour tous ceux qui luttent pour la justice en Haïti”, a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières.

“Comment se fait-il que des personnes inculpées par l’ancien juge en charge de l’enquête, Claudy Gassant, comme le sénateur Dany Toussaint et plusieurs de ses proches, disparaissent aujourd’hui de la liste des inculpés ?” s’est interrogé Robert Ménard. “En même temps, cette issue semblait cousue de fil blanc. Depuis l’élection de M. Aristide à la présidence, le gouvernement nous prépare au blanchiment du sénateur.” Reporters sans frontières a rappelé que le juge Gassant, qui avait inculpé Dany Toussaint, un proche du Président, avait été contraint à l’exil. “Le Sénat avait ensuite rejeté la demande de levée d’immunité parlementaire du sénateur Lavalas présentée par le juge”, a souligné l’organisation.

“Cette ordonnance est également une mauvaise nouvelle pour l’ensemble de la presse haïtienne qui ose critiquer le gouvernement. Elle indique aux ennemis de la liberté de la presse qu’ils n’ont rien à craindre de l’appareil judiciaire”, conclut Reporters sans frontières. Pour l’organisation, Jean-Bertrand Aristide est l’un des quarante et un prédateurs de la liberté de la presse en raison de la couverture apportée par l’Etat aux agresseurs et assassins de journalistes.

Contactée par Reporters sans frontières, Michèle Montas, la veuve de Jean Dominique, a qualifié de “honteux” le contenu de l’ordonnance et a fait part de son intention de faire appel.
Une ordonnance qui écarte le sénateur Toussaint et ses proches

Selon des informations recueillies par Reporters sans frontières, le juge Bernard Saint-Vil a remis au Commissaire du gouvernement (procureur de la République), le 21 mars 2003, son ordonnance de renvoi accompagnée de la liste des personnes inculpées pour la mort du journaliste. Selon ce document, Dymsley Millien, dit Tilou, est poursuivi pour “meurtre”, et Jeudi Jean Daniel, dit Guimy, Philippe Markington, Ralph Léger, Ralph Joseph, Freud Junior Desmarrates sont accusés de complicité de meurtre. Les six hommes sont déjà détenus.

En revanche, les Dr. Alix Charles et Benjamin Delano, l’avocat Ephesien Joassaint, le sénateur Dany Toussaint, Franck Joseph, son garde du corps, et Richard Salomon, son “bras droit”, ne sont pas inculpés “vu qu’il n’existe pas d’indices suffisants et concordants susceptibles de justifier leur responsabilité aux faits de complicité de meurtre”.

Dans un rapport de Reporters sans frontières intitulé “Qui a tué Jean Dominique ?”, publié un an après l’assassinat du journaliste, les noms d’Alix Charles, Benjamin Delano, Ephesien Joassaint, Richard Salomon, et Dany Toussaint apparaissaient dans le cadre de la mort suspecte de Jean Wilner Lalanne, soupçonné d’être le lien entre les commanditaires et les exécutants de l’assassinat de Jean Dominique.

Blessé à la fesse lors de son interpellation, en juin 2000, Jean Wilner Lalanne est mort au cours de l’opération qui a suivi. Bien qu’il ait désigné un autre médecin, le suspect avait été opéré par le Dr. Charles, chirurgien orthopédiste, assisté du Dr. Delano. Le Dr. Charles avait conclu à une mort par embolie pulmonaire. Un diagnostic contredit par l’autopsie. Mais, deux mois plus tard, lorsqu’une nouvelle autopsie avait été ordonnée, le corps de Jean Wilner Lalanne avait disparu de la morgue, sans explication.


Dans son rapport, Reporters sans frontières soulignait les liens entre Dany Toussaint, le Dr. Charles et Jean Wilner Lalanne. C’est Jean-Claude Nord, un avocat de Dany Toussaint, qui avait recommandé Me Ephesien Joassaint comme avocat à Jean Wilner Lalanne. Me Joassaint avait ensuite sollicité le Dr. Charles pour l’opération. Enfin, le Dr. Charles était connu pour être un ami de Richard Salomon. Dany Toussaint a cependant toujours nié connaître Jean Wilner Lalanne. Pourtant, un témoin affirme par ailleurs que Franck Joseph, le garde du corps du sénateur, avait rencontré Lalanne.

Toujours selon le même rapport, les enquêteurs étaient parvenus à la conclusion que “l’assassinat avait été planifié au cours de plusieurs réunions”. En novembre 2001, un deuxième suspect important, Panel Rénélus, était mort après son arrestation par la police, lynché par la foule. Selon le juge Gassant, présent sur les lieux, le suspect avait été “livré à la foule par les policiers”.

Rappel des faits : une enquête marquée par de nombreux obstacles

Le 3 avril 2000, Jean Dominique, le journaliste et analyste politique haïtien le plus connu du pays, était abattu dans la cour de Radio Haïti Inter dont il était le directeur. Connu pour son indépendance de ton, Jean Dominique critiquait aussi bien les anciens duvaliéristes et les militaires que les grandes familles de la bourgeoisie ou ceux qu’il soupçonnait, au sein de Fanmi Lavalas, le parti du président Jean-Bertrand Aristide, de vouloir “détourner ce mouvement de ses principes”.

En septembre 2000, l’enquête est confiée au juge Claudy Gassant. Son prédécesseur, le juge Jean-Sénat Fleury, avait demandé à être dessaisi du dossier après avoir reçu des menaces. Le 28 mai 2001, on apprend de sources judiciaires que le sénateur Dany Toussaint, de Fanmi Lavalas, le parti du président Aristide, a été inculpé. Le mandat du juge Gassant, qui prenait fin le 3 janvier 2002, n’a pas été immédiatement renouvelé par le président Aristide et le juge s’est alors réfugié aux Etats-Unis. Il avait subi de nombreuses pressions après avoir inculpé Dany Toussaint. Depuis juillet 2002, le dossier était entre les mains du juge Bernard Saint-Vil.

Depuis trois ans, pratiquement toutes les institutions de l’Etat ont fait obstacle à l’enquête. Le ministère de la Justice n’a jamais assuré de façon satisfaisante la sécurité du juge Gassant, pourtant menacé. La police a refusé d’exécuter des mandats d’arrêt. Elle est aussi soupçonnée d’avoir livré un important suspect à une foule de manifestants qui l’ont tué à coups de machette. Le Sénat s’est opposé à la levée de l’immunité parlementaire de l’un des siens, Dany Toussaint, pourtant considéré comme le principal suspect.

Le 25 décembre 2002, Michèle Montas, la veuve de Jean Dominique qui a repris la direction de la station, a été victime d’une tentative d’assassinat à son domicile, au cours de laquelle Maxime Séïde, l’un de ses gardes du corps, a été tué. La journaliste a interprété cet attentat comme “un avertissement” à l’encontre de toutes les personnes liées à l’enquête sur la mort de son mari.

Le 21 février 2003, Michèle Montas a annoncé que Radio Haïti Inter cessait ses émissions en raison de nombreuses menaces reçues par le personnel de la radio : “Nous avons déjà perdu trois vies, nous refusons d’en perdre davantage.” Dans une lettre adressée à la direction de la station, le 1er février, les journalistes et techniciens de la station avaient exprimé leur profonde inquiétude suite à nombreux incidents survenus depuis le début de l’année.


La directrice de Radio Haïti Inter a cependant précisé que la station ne fermera pas et que la décision de cesser les émissions est temporaire. Ces dernières reprendront lorsque les conditions de sécurité seront réunies.

Originally: Léon Manus met en garde les futurs membres du CEP

 








Mardi, 25 mars 2003 10:12


 


Léon Manus met en garde les futurs membres du CEP
Radio Metropole
L’ancien président du Conseil Electoral Provisoire (CEP) de 2000, M. Léon Manus, estime que les conditions ne sont pas réunies pour la tenue d’élections anticipées dans le pays.

Dans une interview accordée à Radio Metropole depuis son exil aux Etats-Unis, ce mardi 25 mars 2003, M. Manus dénonce l’action des Organisations Populaires (OP) qui , selon lui, dictent leur loi dans le pays avec la bénédiction du régime Lavalas. L’ancien responsable du CEP de 2000 invite les membres de la Société Civile désignés pour faire partie du CEP à se montrer prudents . M. Manus indique qu’une fois la cérémonie de prestation de serment terminée, ils ne pourront plus faire marche arrière. “Il faut attendre que les conditions de sécurité soient reunies avant d’intégrer de manière effective le CEP” , conseille M. Leon Manus aux représentants de la Société Civile. L’ex-responsable du CEP souhaite également l’indépendance de l’Institution par rapport au Pouvoir Lavalas au regard des expériences faites lors du scrutin de 21 mai 2000.

Interrogé sur l’assistance technique internationale aux élections, Léon Manus encourage la Communauté Internationale à dépêcher plus d’observateurs sur le terrain . L’ex-président du CEP qui avait dû fuir le pays pour ne pas avaliser les résultats des élections législatives et locales contestées de mai 2000 doute de la volonté du Pouvoir Lavalas à favoriser la tenue d’élections démocratiques dans le pays. Léon Manus insiste sur le dossier de la sécurité.

Originally: Note de presses

Commission Épiscopale Nationale Justice et Paix
Secrétariat national
BP 1572
Angle Rue Piquant et Lamarre
Port-au-Prince – Haïti
Tél./fax 222-7899

 Note de presse


 


« Les politiciens pensent que tout le monde ne fait que de la politique et qu’ils n’ont pas besoin de se nourrir ». Voici ce que la Commission nationale Justice et Paix avait constaté durant son assemblée générale le 6 décembre 2002. Dès lors, rien n’a changé. 


 


Ceux et celles qui s’étaient engagés dans la lutte pour la démocratie et le respect des droits humains dans le pays sont divisés aujourd’hui. L’intolérance et la violence s’installent chaque jour davantage. Le peuple souffre. D’autres, ceux qui n’ont jamais cru à la démocratie et la participation de tous et de toutes, ce sont eux qui en profitent et qui deviennent plus riches et arrogants de jour en jour.


 


Aujourd’hui, la Commission Justice et Paix répète : il est temps que tous les politiciens écoutent la voix des pauvres dans le pays. Plusieurs personnes dans l’Église ont répété cette parole dernièrement : le Pape, les Évêques, des prêtres et d’autres toujours. Nous sommes d’accord avec leur appel. Les politiciens de tous les partis doivent cesser de s’accuser mutuellement et de chercher des boucs émissaires pour tout ce qui ne marche pas.


 


Vous, qui êtes au pouvoir, écoutez le cri des pauvres.


 


Arrêtez de persécuter ceux et celles qui défendent une autre opinion. Arrêtez de les menacer, de les maltraiter, de les obliger de se mettre à couvert. Arrêtez de tolérer des groupes armés et la répression de nos frères et soeurs. Arrêtez d’étouffer la voix de ceux et celles qui se plaignent de la cherté de la vie. Si n pa rele n ap toufe (Celui qui ne peut pas crier, étouffera). Arrêtez de semer un climat de peur et de terreur.


 


Le peuple aspire à un aller mieux, il veut justice, transparence et participation. Arrêtez de lui offrir des mensonges, arrêtez de tolérer la méchanceté, arrêtez de le marginaliser. Le peuple a faim. Arrêtez les mensonges.


 


Serait-ce demander trop, de demander aux politiciens des différents partis de se rencontrer et de se pencher sur les problèmes de ce peuple ?


 


Serait-ce demander trop, de demander de ceux et celles qui détiennent le pouvoir des actes clairs qui font comprendre : oui, on peut nous faire confiance, oui, on peut avancer ensemble ?


 


Serait-ce demander trop, de demander aux partis de l’opposition de mettre les intérêts de la nation avant les intérêts personnels ?


 


Le peuple est fatigué. Le peuple est épuisé. Arrêtez les fausses promesses. C’est le Comité exécutif national, qui réunit des représentants de tous les diocèses qui envoie ce message. Il s’est réuni à Port-au-Prince le 28 février 2003.


 


Port-au-Prince, ce mercredi des cendres, 5 mars 2003.

Originally: L?Articulation Technique et Politique. Ou la Nécessité d?un Modele de Développement non Exclusif pour Haiti.



I-. INTRODUCTION




L?idée d?élaborer ce texte résulte d?un concours de circonstances. Premièrement, il m?arrive de suivre presque religieusement une série d?émissions comme « Métropolis » de Nancy Roc (Radio Métropole) , « Ki agrikilti pou Ayiti nan kad mache lib la » ou « l?Université populaire » de Michel William (Radio Guinin), « Investir » ou « l?Université Libre » de Kesner ( Roro) PHAREL (Radio Métropole), « Le Rendez-vous de l?excellence » de Hans Tippenhauer (Radio Vision 2000), « L?impasse, quelle issue ? » de Gary Pierre Paul Charles (Télémax), où les débats de fonds sur Haïti sont conduits avec sérieux. Deuxièmement, Himmler RÉBU a, au cours d?une émission de « L?impasse quelle issue ? », prié chaque haïtien selon son domaine de compétence de produire des réflexions susceptibles d?aider le pays à sortir de son sous-développement. Troisièmement, il m?a été donné l?occasion d?entendre le Président de la République proposer « l?articulation Technique et Politique » comme thème de réflexion. Quatrièmement, j?ai eu le plaisir de lire deux ouvrages récents : « Le Pouvoir des Idées » de Daniel-Gérard Rouzier et « La Croix et la Bannière » de Claude Moise, respectivement un essai sur l?économie et un essai sur l?histoire récente d?Haïti (1994-2002). Ce qu?il y a de commun à tous ces gens c?est leur appartenance à un même pays en crise, leur souci exprimé de voir les choses s?améliorer et leur leadership sur une certaine frange de la population haïtienne. Je me dis voilà des haïtiens qui ne sont pour la plupart pas politiquement sur la même longueur d?onde mais qui patriotiquement pourraient bien se mettre d?accord sur une certaine vision d?Haïti, un cadre de référence et un plan global pour la concrétisation de cette vision.


 J?écris ce document en tant que simple citoyen qui voudrait comme eux apporter ma pierre à l?édification de la nouvelle Haïti et partager avec eux ces réflexions pour les inciter à faire encore mieux dans leur sphère de compétence. Je l?écris aussi en tant que Président de la Fondation Haïtienne pour le Développement Intégral Latino-américain et Caribéen (FONHDILAC), dont l?objectif global est « de contribuer au développement intégral d?Haïti dans le contexte caribéen et latino-américain. »


 


Ce texte essaiera, après une brève définition des deux thèmes, politique et technique, de montrer leur importance dans le développement d?un pays. Il dégagera le rôle prépondérant de la politique et son articulation par rapport à la technique qui lui est étroitement liée. Il débouchera enfin sur leur nécessaire et indispensable synergie dans la quête du bien être collectif haïtien. Ce document peut aussi être considéré comme une proposition d?éléments d?un modèle de développement non exclusif, une incitation à faire de la politique autrement en Haïti après la résolution de cette longue crise.


 


II-. DEFINITIONS.


 


La politique c?est, selon le Petit Larousse, l?ensemble des options prises collectivement ou individuellement par le gouvernement d?un État ou d?une société dans les domaines relevant de son autorité ; c?est aussi une manière d?exercer l?autorité dans un État ou une société ; c?est enfin une manière concertée d?agir, de conduire une affaire.


 


La technique c?est, suivant la même source, l?ensemble des procédés et méthodes d?un art, d?un métier, d?une industrie ; c?est l?ensemble des applications de la science dans le domaine de la production.


 


En fonction de ces définitions, on voit qu?il est très difficile de dissocier la politique de la science et de la technique, surtout en ce qui a trait à la gestion du développement d?un pays comme Haïti.


 


III-. IMPORTANCE DES DEUX THEMES PAR RAPPORT AU DEVELOPPEMENT.


 


Du PNUD au Paysan de Jacmel.


 


Selon un rappel du rapport national du PNUD sur le développement Humain 2002, « Le développement a pour objectif fondamental de créer un environnement qui offre aux populations la possibilité de vivre longtemps en santé ». Un paysan de Jacmel a défini le développement en ces termes : « devlopman se pa moniman, se dabò moun ». Donc le développement ne peut se concevoir sans la politique et encore moins sans la technique. Le développement qui vise le bien être individuel et collectif ne se réalisera jamais sans une politique bien pensée et appuyée par la technique. Cette assertion est encore plus valable quand il s?agit de développement d?un pauvre comme Haïti.


 


Haïti, modèles de développement et slogans

 


Dans le cas d?Haïti, on a dénombré en matière de modèles de développement deux niveaux, le discours et la réalité.


 


1) La politique, surtout au niveau du discours, a parfois proposé des modèles de développement qui n?ont rien à envier aux autres pays de l?hémisphère. Citons en exemple les deux modèles rapportés par Daniel-Gérard Rouzier a) le modèle Firmin axé sur « i) la bonne gouvernance, ii) l?éducation académique et religieuse des masses, iii) La création de conditions favorables à l?attrait de capitaux étrangers » Le pouvoir des idées, p 111 ; et le modèle Delatour axé sur « i) le marché comme répartiteur de ressources, ii) l?entreprise privée comme principal moteur de croissance, et iii) l?État comme régulateur cherchant à établir l?équilibre macro-économique, à assurer l?offre des biens et services publics, à corriger les distorsions et à promouvoir un climat de chance équitable pour tous », idem p 177 .


 


La proposition de Claude Moïse : « Il est nécessaire de produire une réflexion théorique. Il doit s?agir d?une réflexion globale et originale qui couvre tous les champs (économique, social, culturel, etc.). Il n?existe pas de modèles prêt-à-porter. L?expérience historique a montré la nécessité de trouver une alternative aux modèles connus, capitalisme et socialisme, et à leurs variantes. Pour préparer l?avenir d?Haïti, il faut inventer de nouveaux modèles, résultats d?observations rigoureuses, qui ne se présentent guère comme le remède à tous nos maux mais comme des projections hypothétiques soumises à la critique et à l?épreuve de la réalité. Le regard à porter doit être circulaire pour embrasser les expériences contemporaines des pays du Tiers Monde, les enseignements du capitalisme dominant et la signification de l?échec historique des pays dits du socialisme réel. Mais avant tout, il est indispensable de procéder à une relecture critique de notre histoire, de notre société, de notre économie en vue de produire ce modèle haïtien accompagné de son mode d?opérationnalisation. » Claude Moïse, La Croix et la Bannière. P130 et131.


 


2) Dans la réalité, la politique a le plus souvent proposé des modèles rarement poussés au-delà de slogans. Ceux-là qui ont tenté de les amener au niveau de réflexions structurées ont été soit écartés du pouvoir politique au profit de groupuscules incompétents et malhonnêtes, soit empêchés de les appliquer une fois arrivés au pouvoir, par la mainmise de l?Etat prédateur érigé depuis 1804, par asphyxie du monde international, par des luttes intestines pour le pouvoir d?Etat, source de richesse individuelle facile et illicite, etc. Les modèles haïtiens, surtout ceux-là qui ont pu être testés, se singularisent jusqu?ici par un défaut majeur : L?articulation autour d?une personne et non autour d?un système visant le développement intégral du pays haïtien.


 


Absence de concertation et sous-développement.


 


Il faut rappeler que les modèles proposés n?ont jamais fait l?objet de concertation au niveau national et encore moins totalement soutenus par la technique pour déboucher sur de véritables plans globaux consensuels et applicables sur une période plus au moins longue (25-50-100 ans). D?où le sous-développement du pays haïtien, le seul PMA de la région. Le sous-développement d?Haïti s?explique en premier lieu par la prépondérance de la politique articulée autour d?un homme dont la manière d?agir, d?opérer, donc diriger de 1804 à aujourd?hui s?écarte en général du principe de la concertation. Elle s?explique aussi par la mise au rancart de la technique dans certaines décisions et interventions de l?État dans le domaine du développement, et enfin par l?exclusion de la majorité de la population de la question nationale. L?importance de la politique et de la technique pour le développement du pays n?est plus à démontrer. Il est urgent que les hommes politiques consultent des techniciens avant d?arrêter leurs décisions, surtout si elles peuvent avoir des effets néfastes sur le développement du pays et sur la nation. Car « les individus sont la véritable richesse d?une nation ». Et selon Daniel-Gérard Rouzier « en conclusion, la construction d?un État performant passe par deux étapes. La première est la plus ardue et vise la mise en disponibilité de fonctionnaires inaptes à leurs postes, la seconde est la plus exaltante et concerne l?embauchage des meilleures compétences disponibles. » Le Pouvoir des Idées, p 179.


 


IV-. LE ROLE PREPONDERANT DE LA POLITIQUE.


 


L?exemple des pays développés.


 


Dans tous les pays du monde, la politique a toujours joué un rôle prépondérant par rapport au développement. Les décisions politiques déterminent le niveau de développement d?un pays. A l?analyse, tous les pays développés ont bénéficié de la vision de leurs dirigeants. La préoccupation majeure de ces dirigeants s?articule autour de l?avenir de leur pays, son rôle et sa place dans le monde. Leurs politiques de développement, articulées autour des individus composant leur nation, s?appuient toujours sur la technique et la science. Et ils ont considérablement investi dans le développement de la technique et de la science pour rester au sommet. Ils travaillent aussi pour maintenir leurs systèmes de gouvernement. Ces systèmes sont caractérisés par : i) un combat constant contre la corruption, ii) une transparence dans la gestion du pays, iii) un souci constant de faire appel à des compétences pour mener à bien les programmes et projets, iv) une bonne gouvernance politique et économique, etc.


 


Le système haïtien.


 


La seule comparaison par rapport à notre pays demeure la prépondérance de la politique. Pour le reste, il suffit de prendre le contraire pour caractériser Haïti et ses dirigeants de 1804 à aujourd?hui, mis à part quelques éclaircies sporadiques. C?est comme si, pour se perpétuer, le système mis en place en Haïti, devait conduire à la disparition lente du pays. Ce système conçu comme une toile d?araignée s?articule autour d?un homme, le chef de l?Etat. Même honnête et compétent, il devient automatiquement prisonnier du système et travaille consciemment ou inconsciemment au profit d?un groupe qui fait alliance partiellement avec l?ancien ou le remplace. En effet, selon Jean Price-Mars, rapporté par Daniel-Gérard Rouzier, toute tentative de correction heurterait « les intérêts de toute une séquelle d?individus qui, comme toujours, gravitent autour du chef de l?État et de ses proches. Parasites indécrottables, quémandeurs impénitents, flagorneurs subtils, tous attachés à la pérennité des prébendes dont s?alourdit, en ce pays, l?exercice des hautes fonctions publiques, ils sont les adversaires les plus redoutables de toute tentative sérieuse, de tout effort consciencieux de redressement de la chose publique. » Et plus loin : « ils constituent la matrice d?une opposition d?autant plus dangereuse qu?elle agit dans l?ombre et dans les coulisses, constitue avec la canaille des bas-fonds de la politique les fossoyeurs inconscients de l?économie nationale. » Le Pouvoir des Idées, p 101 et 102.


 


Et Claude Moïse de préciser « depuis 1946, tout grand changement social et politique amène une nouvelle vague de gagnants sortis des classes moyennes. Et ces gagnants sont souvent contraints de s?associer à la bourgeoisie traditionnelle pour consolider leurs gains et privilèges. Les perdants sont toujours les mêmes. Jamais les nouveaux maîtres ne sont parvenus à concilier leurs intérêts avec un quelconque projet de développement national, et donc à modeler le destin du pays. » La Croix et la Bannière, p 128.


 


Cet état de fait persiste encore même sous l?égide de la Constitution de 1987, qui dispose pourtant de provisions pour lui tordre le coup. Mais « bayonèt se fè, contitisyon se papye ». Et le pays périclite au grand dam des techniciens et/ou de la majorité silencieuse qui acceptent ou s?expatrient (ceux qui en ont les possibilités).


 


La concertation nationale pour un nouveau système.


 


Cette prépondérance de la politique en Haïti mérite d?être corrigée au plus vite à l?occasion d?une grande concertation nationale dont l?objectif serait, selon la FONHDILAC, « la définition d?un cadre de référence suivi d?un plan global de développement d?Haïti de 100 ans », donc la projection d?un nouveau système. Dans cette optique, la grande concertation nationale pourrait se donner « une série d?objectifs spécifiques qui s?intègreront à partir d?une démarche participative dans un schéma global articulé autour » de ce nouveau « système visant un citoyen responsabilisé dans une société économiquement riche, socialement équitable et politiquement responsable. Il est possible dans la conjoncture actuelle, d?obtenir un consensus national et même de déboucher sur un contrat social entre tous les Haïtiens sans exclusive autour de cette vision d?Haïti servant d?exemple à suivre, dans le cadre d?une mondialisation à visage humain et solidaire. » FONHDILAC, Document de Présentation, p 2.


 


Selon Claude Moise, « un nouveau projet national devrait comporter des propositions claires concernant entre autres la lutte contre la pauvreté, la protection sociale, le sauvetage écologique, la lutte contre l?insécurité, l?éducation pour tous, la scolarisation massive. Sans oublier la refondation de la démocratie haïtienne passant par la réforme constitutionnelle, la réforme judiciaire, la restauration de l?autorité de l?État, la revalorisation des services publics. La formulation claire de la politique haïtienne doit être assortie d?une stratégie de développement économique, dans le contexte de la mondialisation accélérée, dans le cadre de l?appartenance du pays à la communauté caribéenne et tout spécialement dans le cadre de ses relations multiformes avec la République voisine. Les compétences de l?intérieur comme de la diaspora devraient être mobilisées et intégrées aux atouts du pays. » La Croix et la Bannière, p 129.


 


Les éléments des modèles Firmin et Delatour et de la proposition de Claude Moïse (Réf. III) et très certainement d?autres propositions jusqu?ici inconnues pourraient être mis sur le tapis à l?occasion de cette grande concertation nationale. Il en serait de même pour les études du PNUD comme Bilan commun de pays, les travaux de la Commission Nationale de Réforme Administrative (CNRA), les travaux menés par les institutions étatiques, ministères et services autonomes, les universités, les ONG, les agences bilatérales et multilatérales, les bailleurs de fonds internationaux, les firmes d?études tant nationales qu?internationales, etc. Les documents élaborés par la plupart des partis politiques et par des associations de professionnels comme Associations des économistes haïtiens, associations des médecins, des agronomes, des ingénieurs, etc. pourraient être mis à contribution. Ce serait un travail exaltant et de longue haleine qui mobiliserait toute la nation, en particulier les cadres compétents pour la formulation.


 


Ce nouveau système favoriserait l?entente entre les Haïtiens. Une fois le système adopté, Haïti pourrait inciter et porter, par une concertation sérieuse et dans le cadre d?un partenariat avec les défavorisés de la terre ( Ex : Forum Social de Porto Alegre et autres), les tenants de la mondialisation synonyme de libre échange, de compétitivité des biens, des marchandises, de leur libre circulation, à revoir leur copie en y intégrant l?aspect humain et la solidarité avec les autres peuples exploités et à atténuer cette vision de « la mondialisation, qui selon Raymond Barre, ne signifie pas autre chose que la compétition généralisée ». Il est à noter que Haïti demeure encore la Pionnière de la solidarité entre peuples. Demandez à Miranda, à Bolivar, aux esclaves anonymes de la jeune nation américaine (USA aujourd?hui) et à ceux-là qui ont restauré l?indépendance de la République dominicaine, au-delà de leur tombe ! Ce qu?on a fait dans l?ère industrielle, on peut le refaire dans l?ère de l?information. Qu?est-ce qui nous en empêche ? Les intérêts mesquins de la classe politique ? De l?élite économique ? De l?International ? Ces quelques lignes en caractère gras devraient faire l?unanimité auprès de toutes ces personnes, institutions et particulièrement les composantes haïtiennes. Ne disent-elles pas toutes se battre pour la mise en route de ce coin de terre, appelé Haïti ? Qu?elles le prouvent à cette occasion ! Souvenez-vous de cette affirmation de Firmin « l?étranger n?est pas toujours l?ennemi, mais il est toujours l?intrus. »


 


V-. LA TECHNIQUE AU SERVICE DE LA POLITIQUE.


 


La politique doit viser la mise en place d?un système dont l?objectif premier est le développement intégral d?un pays. Dans le cas contraire, elle ne conduit qu?à l?enrichissement d?un groupe d?individus, à la destruction lente du pays concerné et à l?appauvrissement de la majorité de la population. On en prend pour preuve l?ensemble des pays sous-développés. Dans ces cas bien précis, la technique ne vient à la rescousse de la politique que quand les hommes politiques par leurs agissements sont dépassés. En Haïti, la technique n?est vraiment utile aux hommes politiques que dans la mesure où elle permet de concrétiser les choses immédiates et de prestige. Rares sont nos dirigeants qui ont accordé sa vraie place à la technique. Même dans leur domaine de compétence, ils font rarement appel à des techniciens comme conseillers. S?ils le font, ils ne tiennent pas vraiment compte de leurs conseils. Peut-être aussi que ces conseillers, par peur ou par souci de plaire, ne donnent pas les vrais conseils. Tellement préoccupés par le présent, ces dirigeants oublient souvent que l?avenir se planifie. Les meilleurs dans ce domaine sont les techniciens. Pour planifier correctement l?avenir, il faut en avoir une vision très claire et réaliste, « la vision d?ensemble? et les propositions stratégiques qui se dégageraient d?analyses globales » dirait Claude Moise. Ceci ne pourra jamais se réaliser sans une réelle volonté politique. D?où la nécessité de disposer d?hommes politique à grande vision et de bons techniciens pour la concrétisation.


 


VI-. L?ARTICULATION DE LA TECHNIQUE ET DE LA POLITIQUE.


 


La nouvelle démarche pour Haïti.


 


L?articulation de la technique et de la politique débouche, en y combinant d?autres facteurs aussi essentiels, sur le développement économique et social de la nation. Tous les pays développés et en voie de développement sont passés par ce carrefour. Haïti, dans sa quête du bien être collectif avec d?abord la nécessaire et l?indispensable intégration de la nation haïtienne par rapport à elle-même et ensuite son intégration dans le processus de régionalisation, ne pourra s?y soustraire. Elle est condamnée à suivre ceux-là qui ont soit réussi soit bien amorcé leur développement, tout en divorçant définitivement avec l?ancien système et en se tournant de manière consciente vers un nouveau modèle où chacun aura sa place, toute une nouvelle démarche. Car selon Claude Moise, La Croix et la Bannière, p 137 « pour marquer le point de départ vers le développement économique, le progrès social et la justice, nous devons nous approprier le projet démocratique, prendre le virage vers un parcours historique en rupture avec une certaine tradition de petite production, d?enfermement insulaire et de marronnage ». Dans ces conditions, l?articulation de la technique et de la politique en synergie avec d?autres éléments aussi indispensables à un développement harmonieux devient un impératif, une condition indispensable. C?est la démarche par excellence. Le bien être de la collectivité haïtienne passe par ce changement de cap, cette nouvelle donne pour Haïti mais si vieille pour les pays développés.


 


Le nouveau profil du politicien haïtien.


 


Les hommes politiques actuels qu?ils soient du gouvernement ou de l?opposition doivent y adhérer de manière consciente. Il y va de l?avenir d?Haïti dans le concert des nations. La façon de faire de la politique jusqu?ici n?est plus de mise. Tout homme politique qui s?y accroche ne fera que pousser davantage notre pays dans le gouffre du sous-développement, en profitant lui-même et ses satellites au maximum du système mis en place depuis 1804. C?est un travail en profondeur étalé sur période plus ou moins longue avec pour finalité le changement de mentalité de la classe politique et la transformation toute une culture. Le nouveau profil du politicien haïtien devra s?articuler autour de cette nouvelle approche, de cette démarche nouvelle. Elle est la seule à pouvoir conduire au développement intégral d?Haïti et au bien être de la population dans toutes ses composantes, en particulier ceux qui n?ont jamais bénéficié du système. D?où la nécessité d?un nouveau système tel qu?ébauché au point IV. « De là l?importance de dirigeants bien formés, honnêtes, conscients de la mission de cet Etat, acquis à son service comme à une sorte de mystique républicaine et reliés à un authentique mouvement porteur du nouveau projet démocratique. De là, également la recherche de compétences constituées d?un corps d?agents, de cadres, de fonctionnaires également bien formés et conscients de leurs responsabilités. » Claude Moise, La Croix et La Bannière, p 118.


 


VII.- CONCLUSION.


 


En guise de conclusion, il est clair que les femmes et les hommes de ce pays ont pris conscience à la faveur de cette longue crise de la nécessité de se mettre ensemble pour proposer une autre façon de faire de la politique. Tout le monde parle de contrat social, de consensus, de pacte national, de concertation, de conférence nationale. Non au nom d?un petit groupe mais au nom de la collectivité. La politique jusqu?ici n?a jamais visé le développement du pays haïtien mais s?est fait au profit de groupuscules dont le souci majeur demeure l?enrichissement individuel et l?exclusion des autres. Tous les hommes politiques haïtiens ont toujours pris le pouvoir au nom du peuple. Par coup d?État, élections ou autres, c?est toujours la même rengaine. Durant notre histoire de peuple, toutes les catégories sociales ont occupé le pouvoir soit directement, soit indirectement. Elles ont toutes échoué en rejetant la faute aux autres. Il est donc temps qu?elles se mettent ensemble pour penser pays et collectivité nationale, dans le cadre d?un modèle non exclusif. D?où la vraie raison de ce texte. L?articulation de la technique et de la politique en synergies avec d?autres éléments est indispensable à la concrétisation de cette vision d?Haïti dans le concert des nations, servant de modèle à suivre, dans cette mondialisation à visage humain et solidaire, où l?homme haïtien évoluera chez lui dans un système qui lui offrira la possibilité d?être compétitif par rapport à son homologue caribéen, latino-américain, nord-américain, européen,, donc de n?être plus considéré comme un pestiféré chez lui (la plupart) et ailleurs et d?avoir accès à la citoyenneté mondiale tout en restant un Haïtien intégral. L?élaboration d?un tel projet « exige des acteurs sociaux et politiques un investissement considérable en termes d?intelligence, de lucidité, d?imagination et de modestie pour entreprendre le travail préalable de la redéfinition des règles du jeu. Celles-ci impliquent pour être efficaces et accessibles des propositions claires, simples et justifiées. La construction de l?État de droit démocratique en Haïti est à ce prix. » Claude Moise, La Croix et la Bannière, p 141.


 


Avant d?atteindre cette finalité, tous les Haïtiens d?aujourd?hui, en particulier ceux-là qui exercent un certain leadership ont, sous peine d?être jugés sévèrement par l?histoire, pour devoir de :


 


1. Se mettre d?accord sur la nécessité d?une grande concertation nationale dont l?objectif serait la définition d?un cadre de référence suivi d?un plan global de développement d?Haïti de 100 ans, donc la projection d?un nouveau système. Avant tout, la concertation nationale devrait s?atteler à projeter un homme haïtien vivant dans une Haïti politiquement responsable, économiquement riche, socialement équitable et servant d?exemple dans le cadre d?une mondialisation à visage humain et solidaire. Cette concertation nationale devrait se faire sans exclusive avec la participation de tous les partis politiques, de la société civile, et de toutes les forces vives de la nation.


 


2. Construire un nouveau modèle non exclusif articulé autour d?un cerveau collectif et caractérisé par : i) une performance à toute épreuve en matière de santé, d?éducation, de justice, de sécurité, etc.,


ii) un combat constant contre la corruption, i


ii) une transparence dans la gestion du pays,


iv) un souci constant de faire appel à des compétences pour mener à bien les programmes et projets,


v) une bonne gouvernance politique et économique, etc.


Tout ceci se fera dans « un cadre global de référence axé sur l?humain, le social, l?environnemental, l?infra structurel, la finance et la politique et suivi d?un plan global de 100 ans divisé en des périodes décennales ou quinquennales » (Réf. FONHDILAC).


 


3. Se constituer en groupes, associations, institutions ou réseaux de pressions techniques ou autres, bref une société civile assez forte, pour forcer les hommes politiques une fois le système constitué, le modèle accepté à ne pas le pervertir et à appliquer strictement le cadre de référence et le plan y afférents selon les spécificités de chaque parti politique. Cette société civile aura pour mission principale de veiller à l?actualisation du cadre global de référence et du plan global et à leur application par la société politique (Partis politiques, Gouvernement et l?État). D?où la nécessité de flexibilité de la plupart des éléments du cadre de référence et du plan pour des adaptations éventuelles en fonction de l?évolution au niveau national, régional et mondial. Les Haïtiens d?aujourd?hui comme ceux des générations futures devront toujours s?y colleter. L?avenir du pays haïtien en dépend.


 


Dans la conjoncture actuelle, il faut être des rêveurs, des fous diraient d?autres, des croyants diraient les plus lucides, pour penser à l?avenir de ce pays. Que l?on nous considère comme rêveurs, fous, croyants ou sages, nous devons avoir à l?esprit que le pays ne pourra pas périr et ne périra pas. Son développement se fera de toutes les manières. Tout n?est qu?une question d?options :


1) l?option haïtienne,


2) l?option dominicaine,


3) l?option régionale (ZLEA en 2005)


et 4) une ou des combinaisons d?options.


Les haïtiens conséquents choisiront la première et c?est celle ébauchée dans le cadre de ce texte. « Il ne nous reste qu?à mettre ensemble des projets et des rêves : des projets de citoyenneté, des rêves d?harmonie » selon Claude Moïse et avoir comme Daniel-Gérard Rouzier « cette foi inéluctable dans un Dieu d?Amour qui nous commande de faire tout?pour changer la destinée de notre pays et améliorer le sort de nos concitoyens. Alors seulement, serons-nous prêts à accepter et à crier que nous n?avons pas le droit de baisser les bras. »

7 février 1986 – 7 février 2003. 17 ans depuis que Jean-Claude Duvalier a été forcé de quitter le pays pour un exil qui dure encore. Je me rappelle que ce matin-lB je me suis fait réveiller par un ami qui m’annonçait la nouvelle de ce départ. Comme aujourd’hui, c’était un vendredi. Il faisait trPs froid. Malgré tout, j’ai mis des vLtements d’été pour sortir respirer l’air du petit matin avant de faire quelques appels B des amis ici et lB et en HaVti.




Un ami, Jean Alfred, syndicaliste enseignant aujourd’hui décédé, est arrivé de Val d’Or en Abitibi pour des activités professionnelles. Ayant voyagé toute la nuit il n’apprit la nouvelle qu’B son arrivée B Montréal vers 6 heures. Il vint tout de suite chez moi oj nous déjeunâmes de hareng saur, de bananes plantains et de champagne. Ce petit déjeuner donna le ton B ce week-end de célébration.





Le lundi 10 ?ou était-ce le lendemain mardi? je me présentai dPs l’ouverture au consulat pour réclamer mon passeport dont j’avais été privé par le zPle du consul Sassine. Je fus reçu par le Consul Général Auguste qui s’occupa personnellement, malgré la présence du personnel, de la préparation de ce document qui m’a fait passer soudainement du statut de kamoken B celui de citoyen haVtien.





7 février 1986. L’arbre de l’espoir que nous avions planté dans nos cÉurs et dans nos esprits en 1956, dont les racines avaient été arrosées par la grPve des étudiants, par Radio Vonvon, par Jeune HaVti, par l’action patriotique, par des rassemblements unitaires comme COUMA et le ROC, par l’appel du pape, par la lutte pour les droits humains, par l’exigence de démocratie et de liberté exprimée inlassablement par les HaVtiens de tous les horizons, l’arbre de l’espoir est d’un seul coup sorti de son enveloppe avec ses branches, ses feuilles, ses fleurs, son ombre et sa fraîcheur. Nous pouvions croire que tout était possible: Le pays allait enfin démarrer.





7 février 1986 – 7 février 2003. 17 années de perdues. L’espoir a fait place B la désespérance. Nous sommes passés de la dictature aux paramPtres connus de Jean-Claude Duvalier B une situation de pourriture nationale généralisée inédite dans l’histoire de la nation. Jamais avant Aristide nous n’avons eu cette conjonction de violence, de sadisme, de misPre, de gabegie, d’incompétence, d’indifférence du sort du pays et de ses citoyens; Jamais depuis 1804 nous n’avons eu cette concentration de voleurs au sommet des échelles politiques et administratives; Jamais, mLme aux heures les plus sombres de notre vie de peuple, mLme dans les moments que nous eussions volontiers oubliés si la honte n’irriguait notre mémoire, jamais nous n’avons connu une telle déchéance morale et spirituelle, jamais nous n’avons été si loin d’Ltre des HaVtiens.





Plusieurs de ceux qui le 7 février 1986 fLtaient le départ de Jean-Claude Duvalier se surprennent aujourd’hui B se rappeler que “sous Jean-Claude il y avait ceci”, “sous Jean-Claude il n’y avait pas cela”, “sous Jean-Claude on pouvait faire ceci”, “sous Jean-Claude on n’aurait pas subi cela.” A ces rappels nous opposons des protestations grandiloquentes en guise d’arguments tout en répétant en écho “sous Jean-Claude, en effet, le pPre Lebrun n’existait pas.” Il nous a fallu Aristide pour apprendre que le pays pouvait Ltre entraîné jusqu’au-delB de la pestilence.





Mais Aristide n’est pas né de lui-mLme.





J’accuse Jean Léopold Dominique d’avoir été le premier B suggérer B Aristide ?et B le convaincre? qu’il pourrait Ltre un jour forcé de se porter candidat B la présidence. Je sais qu’aujourd’hui il n’est pas de bon ton, il n’est pas “politically correct” de parler de Jean L. Dominique en des termes non laudatifs. Il faut toujours faire suivre son nom des termes “le plus grand journaliste d’HaVti” et oublier. Oublier beaucoup de choses dont certains déchoucages!!! Bien sfr, Dominique a été assassiné, et il faut que justice soit rendue. Il a été vraisemblablement assassiné par les hommes de main d’Aristide B la demande de celui-ci pour sa satisfaction politique et son plaisir sadique. Avec tout le pays je crie moi aussi “Justice pour Jean Dominique” mLme s’il n’a lui-mLme jamais réclamé “Justice pour Mireille Durocher Bertin”, “Justice pour X ou pour Y ?” La liste est longue de ceux qui ont été assassinés avant lui et pour la mémoire desquels il n’a jamais commis un éditorial. Que ses assassins, leurs complices, leurs commanditaires soient traînés devant la justice, jugés et condamnés. En mLme temps je n’arrive pas B oublier que Jean Léopold Dominique a lui-mLme érigé l’échafaud sur lequel il ne pensait pas monter B la suite des autres.





J’accuse les politiciens B courte vue du FNCD d’avoir éliminé Victor Benoît qu’ils disaient “sans envergure” au profit d’un Aristide qu’ils pensaient pouvoir mener par le bout du nez. Ils ont applaudi et ont fait applaudir les slogans vides de sens, de contenu et d’avenir qu’Aristide voulait faire passer pour un discours. 2 slogans, soit 6 mots, qu’il a répétés quotidiennement pendant la campagne: “Makout pa ladan”, “Justice, transparence, participation.” Ou ils ont cru que ces 6 mots pouvaient tenir lieu de programme de gouvernement et de corpus idéologique, auquel cas ils sont incapables, comme Aristide lui-mLme, de diriger le pays. Ou ils ne l’ont pas cru et ont voulu tromper les HaVtiens, auquel cas ils ne sont pas dignes de diriger HaVti. Ce pays qui souffre a besoin de mieux.





J’accuse les membres du Conseil électoral, et particuliPrement Jean Casimir dont on pouvait attendre mieux, d’avoir manipulé tout le processus électoral en faveur d’Aristide. Casimir lui-mLme n’a-t-il pas dit vers la fin de l’été 1990 que “bon kandida-a pankb rive.” C’est pour attendre le “bon candidat” que le conseil électoral a prolongé plus d’une fois sans raison convaincante la période des inscriptions, puis a renvoyé la date des élections. C’est pour assurer la victoire du “bon candidat” que les représentants des autres n’ont pas été admis dans certains BIV, que plusieurs bureaux de vote ont été maintenus ouverts jusque tard dans la nuit, que le contenu d’urnes éventrées a été éparpillé ici et lB B travers le pays, que des procPs-verbaux déjB affichés ont été enlevés et modifiés, et que le CEP n’a pas réagi, comme le lui ordonnait la loi, quand dPs l’aube du 17 décembre la RFI a annoncé la victoire d’Aristide avec 67% des votes et quand les activistes du FNCD ont célébré leur victoire en manifestant dans les rues alors que la votation elle-mLme n’était pas terminée et devait se poursuivre dans certains bureaux. Ce mLme Jean Casimir n’a-t-il pas avoué plus tard que le candidat Déjean Bélizaire avait été élu 1er sénateur de l’Artibonite dPs le premier tour mais qu’il avait fallu l’envoyer en ballottage pour laisser passer ceux du FNCD. Personne ne doute qu’Aristide ait gagné les élections du 16 décembre 1990, comme personne ne doute que Duvalier ait été élu le 22 septembre 1957 ou que Magloire l’ait été le 6 décembre 1950. Qu’on arrLte de se moquer du peuple haVtien en déclamant que les élections de décembre 1990 avaient été libres, démocratiques et honnLtes. Le peuple haVtien ne va plus se laisser intimider par ceux qui ont encore l’indécence de déclarer qu’Aristide est “le premier président haVtien démocratiquement élu.”





J’accuse collectivement et individuellement les membres du soi-disant Conseil d’état d’avoir systématiquement bloqué le fonctionnement du gouvernement de madame Ertha Pascal Trouillot, aprPs l’avoir infiltré, pour le rendre dysfonctionnel et s’y substituer. Allié du Conseil électoral qu’il contrôlait B distance et du secteur populiste qui en avait dicté la composition, le Conseil d’état a réduit le gouvernement B s’appuyer sur la “communauté internationale”, B défaut de pouvoir compter sur l’armée, pour avoir les moyens de mener B terme sa mission de maintenir le pays dans la paix civile jusqu’aux élections.





J’accuse les faux communistes du PUCH d’avoir organisé un coup d’état interne pour avoir toute la liberté d’embarquer opportunistement, sous le nom bien inspiré “d’organisation politique lavalas (OPL)” dans le train de la victoire. En apportant B Aristide ce qu’ils pensaient qu’il leur restait du prestige des années 1965 – 1969, ils ont contribué B consolider sa dictature naissante, mais surtout B donner l’illusion que l’anarcho-populisme lavalassien était un mouvement dynamique de lutte pour la défense des citoyens. L’OPL (organisation politique lavalas – organisation peuple en lutte) est restée solidaire d’Aristide tout au long de sa présidence jusqu’B hier encore quand celui-ci a refusé de donner quelques siPges au Parlement B cet allié dont il n’avait plus besoin. L’OPL (organisation politique lavalas – organisation peuple en lutte) a approuvé et défendu toutes les actions de son partenaire incluant les crimes de haute trahison, les assassinats et la dilapidation des caisses de l’état. Elle était le rempart du pouvoir aristidien contre toutes les critiques, l’écho fidPle du chef chaque fois que celui-ci disait une bLtise ou prenait une décision, notamment pour démolir l’armée ou créer la police dite nationale qui n’est qu’un corps de “chimP” en uniforme. On comprend maintenant, avec plus de trente ans de retard pourquoi un analyste avait dit en 1972 qu’il fallait “assassiner la gauche”, cette gauche-lB.





Tous ces gens et secteurs, et d’autres encore bien sfr, ont pris Aristide par la main pour l’amener B la présidence, ont alimenté sa haine de segments importants de la vie sociale et économique du pays, ont applaudi chaque fois qu’il écorchait la Constitution, ont répété avec lui que la démocratie est sur le béton et non dans les institutions, ont regardé pudiquement ailleurs quand il assassinait par le fer et le feu ceux qui se trouvaient sur son chemin.





Pendant 268 jours, du 6 janvier au 1er octobre 1991, le pays a été ballotté de tous bords tous côtés entre des forces anachroniques qui n’avaient pas reçu le message du 7 février 1986 et des terroristes qui avaient détourné le sens de ce message et volé le rLve des HaVtiens. PrPs de neuf mois de déchoucages, d’incendies, de révocations pour cause de non-militance, de rbch nan dlo – rbch nan solPy, de bourgeois patripoch – bourgeois tilolit, de commentaires sur les listes en circulation des futurs sacrifiés, de mouvements vent-tempLte, d’occupations des ministPres, de sit-ins dans la cour du palais, de pPres Lebrun, d’assauts sur les postes de police, d’attaques de l’Église catholiques, de ses dirigeants et de ses symboles, d’agressions de parlementaires, de tortures de femmes d’officiers et mLme d’enfants, de “l’instrument qui sent bon”, de “ba yo sa yo merite”. Que n’avons-nous pas entendu, vu, subi au cours de ces prPs de neuf mois au bout desquels le peuple haVtien aux abois a crié “Au secours!” Les FAd’H ont répondu B son appel.





Ici, quelques considérations s’imposent. Elles seront accompagnées de rappels nécessaires car on ne doit pas oublier.





Je n’ai aucune disposition B disserter sur les coups d’état en général. Je veux parler de ce coup d’état-ci réalisé par l’armée d’HaVti entre la nuit du 29 septembre et l’aube du1er octobre 1991. Bien sfr, personne n’est a priori en faveur de coups d’état pour la résolution de conflits politiques, et mLme en cas de rupture de contrat par un gouvernement. Pour cette raison j’étais de ceux qui ont souhaité qu’il n’y eft pas le coup d’état pour lequel Aristide travaillait de toutes ses forces. Si le président d’HaVti (il ne s’agit pas de la Confédération helvétique, mais d’HaVti) s’attaque violemment chaque jour B l’ambassade des ÉUA, aux forces armées, B l’Église catholique, aux bourgeois de toutes sortes, aux parlementaires et au Parlement comme institution, B la Cour de Cassation, B la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, aux partis politiques, aux syndicats, aux fonctionnaires, on ne me fera pas croire qu’il n’est pas B la recherche d’un coup d’état. Fallait-il le lui donner? Question théorique sans signification historique. Le fait est qu’il y a eu un coup d’état contre Aristide et que moi, qui ai passé toute ma vie adulte B lutter pour la démocratie, je l’ai approuvé.





Je le dis parce que j’ai vu, dPs le lendemain de sa réalisation, des chefs de partis politiques, des parlementaires et d’autres citoyens “respectables” courir aprPs des ministPres, des postes, des faveurs, des coupons d’essence et de moins encore; Je les ai entendus déblatérer sur le dos d’Aristide qu’ils accusaient de tous les malheurs du pays et pour lequel ils souhaitaient l’enfer éternel; J’ai reçu leurs appels téléphoniques et leurs visites de félicitations, de sollicitations, d’approbations, d’encouragements, de flatteries et d’offres. Mais quand tout était joué B l’ONU et B Washington je les ai vus et entendus déclarer que le coup d’état était B condamner et qu’ils l’avaient toujours fait. Il y en a qui avaient encore leurs ministres au gouvernement!!! J’en ai mLme vu partir pour les États-Unis aprPs avoir sucé les mamelles du coup d’état, et revenir ? d’exil dans le mLme avion qu’Aristide.





C’est le moment ou jamais de dire que la “communauté internationale” qui a “restauré la démocratie” en ramenant Aristide en 1994 était aux premiPres loges au lendemain du coup d’état. Je ne suis pas placé pour savoir si l’ambassade des ÉUA était informée B l’avance de l’imminence du coup d’état. Malgré ce qu’en dit encore Aristide, j’en doute. Par contre, je peux affirmer que dPs le mardi 1er octobre dans la matinée le conseiller politique de l’ambassade des ÉUA (c’est cette fonction qu’on m’a fait savoir qu’il occupait) m’a fait demander par le chef d’un parti politique ami de l’accompagner chercher Déjean Bélizaire chez lui B la Petite-RiviPre de l’Artibonite. Je peux affirmer que ce mLme conseiller politique a assisté, en observateur silencieux, il est vrai, mais sympathique, B la réunion tenue par les partis politiques au bureau de Sylvio Claude, en hommage B celui-ci, avant d’aller rencontrer la délégation de l’OEA B l’aéroport. (Il s’agit bien d’une rencontre, la seule, entre les représentants de partis politiques et l’OEA, pas d’une rencontre entre la délégation parlementaire et l’organisme régional.) N’est-ce pas encore le sénateur Graham de la Floride qui m’a fait parvenir, par l’intermédiaire d’un capois du nom d’Otino, qui avait été semble-t-il membre du consulat d’HaVti B Miami, le message d’organiser une colossale manifestation pour impressionner la délégation de l’OEA. Il disait justement qu’il fallait montrer B l’OEA qu’Aristide n’est pas le seul B pouvoir mobiliser les couches populaires de Port-au-Prince. Quand le coup d’état a déraillé, et qu’Aristide a commencé B déverser des boat-people par centaines sur les plages de la Floride, le sénateur Graham est devenu l’un des plus ardents défenseurs de la “restauration de la démocratie.”





Il y a eu ce coup d’état. Trois ans aprPs Aristide retournait dans le pays qu’il a depuis kidnappé pour en faire l’état-narco oj fleurit la misPre la plus abjecte. Il n’est pas revenu tout seul. Il a trouvé dans le pays plus d’alliés qu’il ne lui en fallait.





D’abord le Premier ministre Jean-Jacques Honorat dont, il faut le conclure, le premier objectif une fois installé B la Primature était d’y durer. A la premiPre réunion du Conseil des ministres présidé par le président Nerette avant sa maladie, il a été demandé aux ministres concernés, c’est-B-dire prioritairement au Ministre de l’Intérieur et B celui de l’Information, de se préparer en vue de l’organisation des élections et de proposer un plan d’actions au gouvernement. DPs le lendemain, tous les directeurs du MinistPre de l’Information, incluant ceux de la radio, de la télévision et du journal, ont été convoqués B cette fin. Le directeur de la radio, Bernard Desgraffs, était le secrétaire de ce groupe de travail. Ils se sont réunis chaque jour pendant de longues heures avec moi pour élaborer un document assez détaillé représentant la contribution du ministPre sur la question des élections. J’ai eu rendez-vous avec le Premier ministre le samedi 26 octobre B 11 heures 30 afin de lui remettre le document. Son directeur de cabinet, maître Yves Barbot, et lui-mLme étaient dans le bureau quand j’arrivai. AprPs les civilités d’usage je m’avançai vers son bureau derriPre lequel il était debout. Nous étions face B face, le bureau entre nous, et je lui dis que mon ministPre était prLt pour les élections. Il m’a alors tourné le dos, et d’un geste théâtral de la main droite pendant qu’il essayait de me regarder par-dessus son épaule gauche, il m’a répondu: “Mais qui parle d’élections?” (!!!) J’avoue n’avoir pas compris sur le coup que l’acte premier de la piPce du retour d’Aristide venait de se jouer devant moi. C’était le samedi 26 octobre 1991, peu avant midi.





C’est encore Jean-Jacques Honorat qui a mobilisé le président Nerette et le Conseil des ministres aprPs la signature du “Protocole d’Accord de Washington”. Ne l’ayant pas lu ou ne l’ayant pas compris, ils n’en ont retenu, l’un, qu’Aristide était le Président d’HaVti, et l’autre que le Président avait désigné un autre Premier ministre. C’était pour eux une question de jobs. Pourtant, tous les observateurs avaient compris que l’application de cet accord fermait la porte du retour B Aristide. MLme les parlementaires FNCD répétaient avec soulagement qu’il s’agissait d’un “retour non physique” ou encore d’un “retour sans retour.” En portant la Cour de Cassation B déclarer “inopérant” le “Protocole d’Accord de Washington”, le Premier ministre a ouvert toute grande la porte du retour “physique” d’Aristide, car la “communauté internationale” n’avait plus d’autres propositions B faire que concernant les modalités de ce retour: Ce sera Governor’s Island.





Oublions le Black Caucus, les avocats gourmands, les rapaces du parti démocrate des États-Unis et autres Kennedy qui n’ont aucune responsabilité patriotique envers HaVti. “Enbesil ki bPy, sbt ki pa pran.”





Oublions ceux qu’on a appelés “les diplomates du béton” B qui on ne peut pas reprocher de n’avoir pas voulu le bien du pays. Ils ont répété naVvement les mensonges qu’on leur racontait sans répit dans les journaux, B la radio, B la télévision. Ces mensonges, il faut l’admettre, ressemblaient beaucoup B la vérité. Beaucoup d’HaVtiens de l’extérieur auraient souhaité voir le pays auquel ils étaient encore attachés (auquel ils sont encore attachés) sortir de la caverne des horreurs pour se déployer en pleine lumiPre B côté des autres états, petits comme grands, qui ont opté pour les droits de l’homme, la justice, la civilisation, le développement et l’humanité. Quand ces gens-lB me disent aujourd’hui qu’ils ont été trompés par Aristide, par “le p’ti pPre”, je les crois, et je prie qu’ils ne soient B ce point désabusés qu’ils refusent demain de se mobiliser pour le pays. A côté de ces HaVtiens, patriotes mais aveugles, qui ont bravé des températures nordiques (j’en connais quelque chose) pour manifester leur solidarité avec Aristide dont on leur disait qu’il était l’incarnation de la démocratie et des espoirs du peuple haVtien, B côté de ces gens qui ont toujours eu mon respect et mon affection, il y a les intellectuels du béton qui ont justifié par toutes sortes d’arguments spécieux, des sophismes, des rationalisations et finalement par la haine la demande d’occupation militaire faite par Aristide B la “communauté internationale”. Ils ne se sont pas résignés au silence. Ils s’efforcent encore aujourd’hui, malgré l’évidence, de renouveler l’aristidisme pour le sauver. Le démocrato-constitutionnalisme dont ils souhaitent faire le noyau de leur discours néo-lavalassien est B l’avance balayé par le peuple haVtien dans sa marche vers la libération, la liberté, le progrPs.





En acceptant d’entrer dans le gouvernement, en décidant de ne pas en démissionner avant le 14 avril 1992; En n’ayant jamais dénoncé publiquement les errances de ce gouvernement dont je me suis toujours montré solidaire, je partage avec le Conseil des ministres, pour tout le temps que j’en ai été membre, les reproches qui peuvent lui Ltre adressés, notamment d’avoir observé en silence la mainmise de tout l’appareil de l’état par quelques membres des FAd’H qui n’avaient aucune perspective, aucun idéal, aucune volonté de contribuer B la promotion et au développement du pays et de ses citoyens B partir de la nouvelle situation créée par le coup d’état. Plus le coup d’état s’enfonçait dans la contrebande, l’irresponsabilité et l’irréflexion, plus il s’éloignait des projets de démocratisation de la vie nationale et de moralisation de la vie politique clairement exprimés par le peuple haVtien dans sa lutte contre la dictature de Duvalier, plus les critiques justifiées qu’on avait faites B Aristide devenaient académiques et ressemblaient B des boomerangs. Si on peut accuser les militaires d’avoir trahi le coup d’état aprPs l’avoir réalisé, il faut nous accuser nous-mLmes, les responsables politiques d’avoir abandonné trPs tôt aux FAd’H ce qui pouvait nous revenir de pouvoir, Une illustration. Un peu avant la fin d’octobre 1991, Radio Métropole aurait laissé entendre dans un commentaire qu’Aristide allait revenir. Le soir mLme, un groupe de policiers mitraillent la façade de l’édifice oj logeait la station. DPs que j’en ai eu connaissance le lendemain matin, je me suis rendu en compagnie de mon Directeur de l’Information, Serge-Philippe Pierre, au bureau du colonel Michel François pour lui demander de ne plus jamais s’en prendre B un organe de presse, quelles que soient les circonstances. Il m’a répondu en s’excusant “Mwen wP ou pa fP travay ou, m’ap fPl pou ou.” Je lui ai répliqué que ce n’était pas ainsi que j’envisageais mon travail, et que je ne lui demandais pas de le faire B ma place. J’ajoute tout de suite que 1 mois plus tard cela n’aurait pas été possible. Michel François m’aurait ri au nez si j’étais allé lui demander de ne s’occuper que des affaires de police. C’est qu’entre temps il y a eu de la part de beaucoup d’hommes politiques (dois-je m’en exclure?) abandon du pouvoir dont ils étaient investis au profit des militaires qui s’y sont rapidement installés pour le malheur du pays jusqu’B aller jouer B la politique B Governor’s Island. Aristide et la “communauté internationale” leur en font encore payer le prix.





Depuis 1995 Aristide vivote. Il est au bord du gouffre. A chaque étape on annonce la fin du régime. A chaque étape il se trouve des gens qui lui tendent la perche B la suite de “deals” dont les détails ne sont pas tous connus. Qu’on se rappelle qu’en 1995 tous les partis politiques non-satellites avaient décidé d’un commun accord de ne pas participer aux élections qu’Aristide organisait pour se faire succéder par Préval. Cette décision visait B invalider les élections bidon dont on connaissait B l’avance les résultats et surtout la procédure. Malgré la parole donnée, Victor Benoît du KONAKOM, aprPs une rencontre avec Aristide, a décidé de se porter candidat, justifiant par ainsi la prétention d’Aristide que les élections étaient démocratiques, et sa déclaration subséquente que pour “la premiPre fois il y avait passation de pouvoir d’un président démocratiquement élu B un autre.” Benoît aura le mLme comportement en 1997 et on le verra plus tard solliciter de l’Ambassadeur de la République dominicaine qu’il intervienne en sa faveur auprPs d’Aristide alors qu’il faisait partie d’une alliance contre celui-ci.





Benoît n’est malheureusement pas le seul B avoir sauvé le régime aristidien en volant B son secours au moment oj il ne lui restait presque plus de souffle. AprPs la démission de Rony Smarth et son refus de continuer B gérer les affaires courantes ad infinitum, Aristide (alias Préval) était aux abois, dans l’impossibilité de former un gouvernement, B bout de ressources et d’imagination. Les HaVtiens de toutes les couches sociales et économiques, mLme ceux de sa base traditionnelle, commençaient B demander son départ et B s’organiser pour reprendre le pays en main. On vivait avec espoir et exaltation les derniers jours d’un gouvernement dont la chute était programmée.





N’est-ce pas “l’Espace de concertation”, c’est-B-dire le KONAKOM, le PANPRA, le KID, Génération 2004 et d’autres qui ont conclu, aprPs un “deal” avec Aristide, l’accord du 6 mars 1999 qui a sauvé celui-ci de la chute appréhendée. Qu’est-ce que cela a donné au pays? L’accélération de la dégradation économique et morale, quatre années de recul au bout desquelles le peuple haVtien est obligé de courir tous les risques, d’affronter tous les jours les bandes de chimP qui ont noms “lame kanibal”, “lame sPkPy”, “lame dbmi nan bwa” etc. dans le but sortir Aristide et les lavalassiens du Palais national. Quatre années pendant lesquelles le pays aurait pu organiser de bonnes élections et construire des écoles et des dispensaires dans les campagnes. Hier encore, c’est en cachette de leurs partenaires qu’ils sont allés chez le Nonce Apostolique rencontrer Aristide. Comme B son habitude, celui-ci s’est empressé de les dénoncer avec mépris en déclarant qu’il venait de les rencontrer. Ils ont noms Evans Paul (KID) et Serge Gilles (PANPRA). Rien d’étonnant.





Aujourd’hui l’OPL, le KONAKOM, le PANPRA, le KID, Génération 2004 nous disent qu’ils “convergent”, et c’est tant mieux. Nous allons leur demander un tout petit effort supplémentaire: Qu’ils se fassent aider d’autres membres de la Convergence, de la classe politique et de la société civile en vue de trouver des voies de divergences politiques et idéologiques d’avec lavalas, de les développer dans l’action “active” malgré le pléonasme et de les maintenir vivaces jusqu’B la victoire prochaine du peuple haVtien.





Victoire assurée déjB inscrite dans le grand livre de l’Histoire bien qu’elle tarde B se concrétiser. Victoire qui sera d’autant plus éclatante et définitive qu’Aristide résiste et refuse de partir. Plus le temps passe, plus la victoire sera grande et sans limites, et plus le prix en souffrances diverses en sera élevé. Mais c’était en chantant “Grenadye a laso, sa ki mouri zafPr-a-yo” que les esclaves de Saint-Domingue ont accouché d’un pays qu’ils nous ont laissé et qu’il nous faut aujourd’hui sauver afin que demain la désespérance ne nous pousse B crier: “Vive Duvalier”, “Vive Soulouque”, “Vive Boyer”, “Vive Rochambeau”.





Victoire assurée qui est déjB un destin. Mais aprPs? 7 février 1986: Elle était belle la victoire! 7 février 2003: Nous en pleurons les lendemains! Nous nous retenons pour ne pas souhaiter avec les nostalgiques et les défaitistes le retour de certains temps d’antan contre lesquels nous avons consacré notre jeunesse et sacrifié des affections. 7 février 2003: Il est grand l’espoir! 7 février 2020. Ils sont juteux les fruits du progrPs dira-t-on de Dame-Marie B Ouanaminthe, des Pédernales au Môle-Saint-Nicolas et partout B travers HaVti ressuscitée. Les survivants nous feront dire leur bonheur. Et en ces lieux de félicité sans frontiPre oj se sont B jamais cristallisés l’histoire et le temps nous fLterons l’accord enfin réalisé entre le rLve et la réalité.





Victoire assurée que nous devons sauver. Contrairement B 1803 alors que la guerre quotidienne n’a pas laissé aux HaVtiens en devenir le temps de préparer l’aprPs Saint-Domingue; Contrairement B 1986 alors que la clarté des revendications populaires et l’obsession d’amener la chute de Duvalier faisaient oublier qu’il y avait un aprPs Duvalier B préparer, aujourd’hui nous savons tous que l’horreur est possible, que les pleurs et le sang peuvent succéder aux rires. Il n’y a pas de lendemains qui chantent sans préparation adéquate; Il n’y a pas de démocratie dans l’incompétence: Il n’y a pas de justice dans la haine des classes. Il est donc impératif que dPs aujourd’hui, alors que nous sommes assurés de la chute prochaine du gouvernement des chimP, que nous entreprenions une réflexion sur l’aprPs Aristide. Une réflexion en deux temps.





En deuxiPme lieu sur les orientations de fond que devra prendre le pays pour son développement. Il s’agit de politiques B longs termes qui impliquent l’utilisation des ressources nationales, la définition des rapports entre les citoyens entre eux et entre eux et les institutions, la place du pays dans la vie internationale, etc. Cette réflexion doit faire partie des propositions que les partis politiques et les candidats B la gestion du pays doivent se préparer B faire B la population.





En premier lieu, et de façon urgente, il y a deux questions plus une troisiPme B se poser sur la transition entre Aristide et l’avenir. La transition, c’est d’abord les personnes B qui sera confié le sort du pays B la chute d’Aristide. C’est ensuite son contenu, c’est-B-dire ce que le gouvernement de transition aura B faire avant de remettre la charge du pays B un gouvernement élu. La troisiPme question n’est pas indépendante de la deuxiPme. Elle concerne la durée de la transition, variable selon ce que sera le mandat confié B l’équipe de transition.





DéjB deux points de vue s’opposent:





Plusieurs analystes sérieux pensent que le mandat de la transition doit se limiter B organiser les prochaines élections dans les meilleures conditions de sécurité et de crédibilité.





Pour d’autres, la transition doit faire en sorte que le premier gouvernement élu de l?aprPs Aristide puisse commencer B travailler dPs le premier jour sans avoir B balayer la maison.





Les uns et les autres partagent néanmoins l’analyse suivante: Aristide ne gouverne plus, c?est-B-dire qu?il ne détient plus aucun moyen de définir dans quelles directions devrait se diriger la machine de l?état ni de prendre des mesures législatives et administratives concrPtes pour l?amener B prendre ces directions. Il dispose néanmoins, et ce n?est pas rien, de la presque totalité des moyens d?exercer la violence la plus inhumaine et la plus extrLme contre la population pour rester le plus longtemps possible au pouvoir. Pour les uns comme pour les autres l?aprPs Aristide doit nécessairement commencer par la fin de la violence populaciPre et de la criminalité, le désarmement des chimP et le contrôle des rues par l?état. Ils sont d’accord qu’il ne peut y avoir d’élection sous le contrôle des chimP et des O.P. Ils semblent Ltre également d’accord que ceux qui auront assumé la transition ne devront pas se présenter aux premiPres élections de l’aprPs Aristide.





Le premier dossier de la transition est donc celui de l’insécurité qui ne peut pas Ltre abordé comme si les moyens pour le régler étaient institutionnellement disponibles et qu’il suffisait d’ouvrir un placard pour les trouver. Tout le monde admet que confier la tâche de désarmer les milices lavalassiennes B la PNH, c’est comme demander B ces milices de se faire hara-kiri. La PNH est une O .P. lavalassienne en uniforme. Elle participe B la criminalité civile quotidienne et c’est elle qui coordonne la criminalité politique. Mais il n’y a qu’elle! A partir de cette constatation le seul objet du débat est de savoir sans démagogie B qui (au pluriel de préférence) nous allons demander une assistance technique et non s’il faudra le faire.





Le deuxiPme dossier de la transition est nécessairement celui de la mécanique électorale. La Constitution de 1987 ?dont on a dit autant de bien que de mal? est l?unique au monde B créer un « pouvoir » électoral (au sens oj l?on parle des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire) dont la nature mLme, par sa composition hétéroclite et politique, en fait une machine inopérante. Il n?est pas étonnant qu?en prPs de 16 années le pays ait été incapable d?avoir un Conseil électoral permanent. Il n’est pas étonnant non plus que les différents conseils électoraux qui se sont succédés entre celui de novembre 1987 et le dernier d’Aristide aient été des acteurs politiques engagés dans la lutte pour le pouvoir, co-responsables de tous les échecs électoraux. Qu’on soit partisan d’une transition rapide ou d’une transition qui va au fond des choses, on ne peut pas faire l’économie au moins d’une réflexion sur cette question. Mieux, si on souhaite un avenir de stabilité pour le pays, on ne peut pas entreprendre ce nouveau départ avec une institution dont on sait B l’avance qu’elle est porteuse de malheurs. Qu’elle ait été définie dans la Constitution ?texte originel, s’il en est? n’en fait pas un instrument de concorde.





A plus long terme selon les uns, d’urgence selon les autres, se profile le dossier de l’armée. Je suis de l’avis qu’il faut faire vite sans se presser. Il ne faudrait pas qu’on tarde trop B élaborer le cadre juridique et théorique d’une nouvelle armée. Il ne s?agit pas de la reconstitution de celle que nous avions, mais bien de la création d?une nouvelle armée, moderne, équipée, polyvalente, nationale, en mesure de faire respecter nos frontiPres et notre dignité. Au dossier de l?armée doit se greffer celui de la police qu?il faudra de toute urgence traiter de la façon la plus appropriée, mLme si cela doit vouloir dire sa suppression et son remplacement par une autre ou plusieurs autres organisations policiPres spécialisées. Dans un cas comme dans l’autre, il faudra prendre le temps et trouver les moyens de la formation. MLme s’il ne fait aucun doute que l’armée n’aura sa forme permanente qu’aprPs de longues années de pratique et d’ajustement, nous ne pouvons pas renvoyer B trop tard la réflexion collective qui s’impose B son sujet.





D?autres questions fondamentales doivent Ltre posées en abordant cette transition. On se demande si celle qui concerne le régime politique, la forme du gouvernement, devrait attendre les élections pour Ltre réglée. Il ne fait aucun doute que le systPme actuel, systPme unique dans les annales constitutionnelles, est un systPme d?irresponsabilité du Chef de l?état qui est en réalité le Chef du gouvernement. Il est antidémocratique, dysfonctionnel, grosse de dictature, et 15 ans de misPres politiques l?ont fait voir. On a pu observer que les gouvernements Manigat – Célestin, Aristide ? Préval / Malval / Werleigh / Michel / Smarth / Alexis / Chérestal / Neptune etc. étaient déséquilibrés en faveur de la présidence; que le gouvernement Nerette Honorat était déséquilibré en faveur de la primature dans un premier temps avant de finir dans des tensions, tandis que les gouvernements unipolaires Bazin-Bazin et Jonassaint-Jonassaint ont fonctionné sans conflit au sommet si on excepte les interventions intempestives des militaires et de leurs alliés civils qui ont tout fait pour perdre un pouvoir qui aurait pu Ltre légitimé par une gestion compétente, honnLte et patriotique.





D’autres questions retiendront l’attention des penseurs et de tous les citoyens. Certaines seront plus urgentes que d’autres qui attendront les réponses concrPtes qui leur conviennent. Cependant, on ne dira jamais assez que tout ce qui pourra Ltre fait ne sera que du « lave men swiye a tP » si les crimes commis par le régime et ses suppôts contre le pays et contre des individus ne sont pas punis par actes de justice. Tout manquement de la justice donnera lieu B des actes de vengeance qui devront eux-mLmes Ltre vengés plus tard, et ainsi de suite. L?une des plus importantes tâches du gouvernement de transition sera de rendre justice pour convaincre la nation que la vengeance n’est pas la justice, que celle-ci vise des individus bien identifiés B cause d?actes bien identifiés qu?ils ont posés.





Il nous faut Ltre conscients que nous risquons d?avoir Aristide pendant longtemps encore si nous ne proposons pas B la nation et B la « communauté internationale » une alternative crédible pour la transition.